Vaste continent aux richesses multiples, terre de contrastes, à la fois bénie et maudite, l’Afrique inspire, intrigue les plus grands intellectuels. A un tournant de son histoire, ce continent doit encore relever de multiples défis pour s’extirper de sa situation encore délicate. Terre de paradoxes au potentiel grandissant, le constat reste mitigé concernant ses 52 pays : inégalités économiques, crises humanitaires, difficultés démographiques. Les crises successives sont-elles une fatalité pour ce troisième plus grand continent du monde ? Depuis peu, les spécialistes économiques observent un semblant de décollage économique en partie permis par l’innovation et les différents investissements privés ainsi que publiques. A l’aube de la 4ème révolution Africaine, l’innovation occupe une place grandissante dans le paysage économique Africain, serait-ce enfin le prochain remède permettant de soigner ce grand malade ?

Un continent au potentiel grandissant

Dans un monde aujourd’hui globalisé, l’innovation apparaît comme capitale pour la santé économique à long terme d’un pays. On le sait, l’innovation est intrinsèquement créatrice de richesse économiques et commerciales via par exemple la création d’emplois qui en découle. L’innovation était jusqu’à présent réservée aux pays les plus riches qui y consacrent une grande part de leur produit intérieur brut du fait des lourds coûts de recherches et développement associés et du fait des investissements humains ‘nécessaires à sa mise en œuvre.

Paradoxalement, l'innovation en Afrique semble exister à sa façon, malgré un développement handicapé par des carences en compétences techniques, technologiques et surtout par un défaut d'infrastructures. Face à des situations d’urgence (taux de mortalité infantile, manque de moyens…), l’innovation africaine émerge lentement à travers des solutions immédiates mises en œuvre face aux difficultés épineuses que connaît le continent. Cette innovation Africaine s’appuie sur un vivier d’idées mis à profit par un précieux capital humain, à défaut d’être financier.

Avec la population connaissant la plus forte croissance sur Terre, l'Afrique a donc le potentiel en capital humain le plus important au monde. Hassan Hachem, un expert du continent africain en est convaincu « De plus en plus instruits, les jeunes africains ont le potentiel et la motivation pour imaginer à des solutions inédites adaptées aux problématiques contemporaines africaines ». L'esprit d'entreprise naissant de ces jeunes Africains place 5 pays Africains parmi celles qui ont le plus grand nombre de start-ups au monde, selon le Global Entrepreneurship Monitor. L’Afrique apparaît aujourd’hui comme une terre d’opportunités donnant priorité à sa manière, aux innovations grâce à notamment un capital humain impressionnant.

On remarque ce « take off » notamment dans le domaine du médical, où chaque année des centaines d’emplois sont créés grâce à l’avènement de nouvelles méthodes. La télémédecine en est un brillant exemple. Le patient soumet à travers une plateforme Internet, une vidéo ou des photos de ses symptômes dermatologiques, un docteur proposera ensuite un diagnostic. Pour Hassan Hachem, l’e-santé en Afrique apparaît comme un levier d’innovation avec chaque année des dizaines d’application médicales inédités mises à disposition de tous. J’ai bon espoir que l’e-santé provoque une petite révolution dans les systèmes de santé de pays comme le Sénégal ou la Guinée Equatoriale.

Le chemin vers l’innovation, un itinéraire encore incertain

SI l’on s’attarde sur les chiffres actuels, L'innovation à l'Africaine reste fragile et recèle une vraie marge de progression. Les études sur les infrastructures en Afrique montrent encore de sérieuses carences. Hassan Hachem souligne que « Le besoin en infrastructures de l'Afrique subsaharienne est estimé à plus de 93 milliards de dollars par an, aujourd’hui, moins de la moitié de ce montant est financé ». Les études démontrent également que seulement « 30% des projets d’infrastructures en Afrique subsaharienne sont finalement achevés » poursuit Hassan Hachem. Le manque criant de gestion rigoureuse et réfléchie des projets en Afrique porte sérieusement atteinte à l’innovation et à son économie. L'impact de ce manque d'infrastructures est flagrant, la logistique notamment est un réel combat pour les entrepreneurs africains. Il leur est alors difficile pour eux d'exécuter les commandes en dehors des grandes villes en raison de la mauvaise qualité des routes et du manque de transporteurs fiables. Seulement 34% de la population a accès de vraies infrastructures routières.

Pourtant, entre 2010 et 2015, alors que l’Afrique est encore touchée par la crise mondiale, le produit intérieur brut du continent a su quand même augmenter de 3,3% par an, beaucoup plus rapidement que le reste du monde. Selon diverses études du FMI, le continent serait d’ici 2020, la 2ème économie la plus dynamique au monde en termes de croissance économique. En partie grâce à une population jeune, une urbanisation croissante et de nouvelles classes supérieures tirant le continent vers le haut.

Quelles solutions pour l’innovation Africaine ?

Parmi les pays les plus prometteurs d’Afriques, nous retrouvons le Ghana, le Kenya, le Nigeria, le Maroc, le Sénégal et l’Afrique du Sud. Ces pays voient naître en leur sein des centaines de start-ups ambitieuses, révélant de réels centres technologiques, bien souvent dans leurs capitales. Ces derniers seraient à l’origine de plus de 60% des IDE en Afrique. Le développement du continent autour de ses centres stratégiques semble alors nécessaire au succès de l’innovation Africaine. Cette réussite est en partie permise grâce à un rapport inédit à la technologie, selon plusieurs rapports mondiaux, l’Afrique connaîtra d’ici 2021, 500 millions de smartphones supplémentaires sur ses terres, portant le taux d'adoption à plus de la moitié des connexions totales dans les régions Africaines. Véritable aubaine pour l’innovation Africaine, les initiatives innovantes comme l’E-santé, prendront tout leur sens dans les prochaines années. Solidifiant alors encore plus l’innovation à « l’Africaine » vers de nouvelles opportunités technologiques.

Aussi, l’intelligence artificielle semble connaître un engouement tout particulier sur le continent. Divers secteurs d’activités d’envergure semblent s’ouvrir peu à peu à l’IA, comme en témoignent les multiples start-ups Sud-Africaines (DataProphet, en encore Aerobotics). Principalement axées sur l’agriculture et la médecine, ces jeunes entreprises se démarque en s’appuyant sur de fortes innovations technologiques. A l’image, de DataProphet qui s’appuie sur le Big Data et Knowledge Management en fournissant des algorithmes complexes et l’intelligence artificielle pour les consultants et chefs de produits. L’Afrique doit investir sur ces futurs secteurs porteurs de la « 4ème révolution » afin de pouvoir enfin espérer prendre le train de la modernité à l’heure cette fois. On le sait, cette prochaine révolution industrielle donnera primauté aux IA et à l’innovation technologiques.

Cet axe de développement parait sensible surtout quand l’on sait que seulement 1% des investissements mondiaux dans la recherches et développement est alloué en Afrique. L’autre chantier Africain reste l’éducation, d’ici 2030 le continent passera à plus de 1,6 milliards d’Africain, les moins de 25 ans représenteront alors près de 60% de la population. En effet, en parallèle, un accent aigu doit être donné à l’éducation de la jeunesse Africaine afin de transformer ce vivier en réel ciment pour les futures années à venir. Pour atteindre la moyenne mondiale du nombre de scientifiques nécessaire par habitant, le continent aurait besoin de presque un million de doctorants. Le pays n’en compte que 200 par million d’habitants aujourd’hui.

Enfin, l’innovation à « l’Africaine » touchera très vite à sa fin si les moyens mis en œuvre restent insuffisants. De multiples opportunités s’ouvrent aujourd’hui au continent, c’est alors aux autorités privées et publiques d’investir dans le but de voir l’Afrique un jour éclore aux yeux du monde car comme le précise un célèbre musicien Italien : « Il y a deux sortes de chefs d'orchestre : ceux qui ont la partition dans la tête et ceux qui ont la tête dans la partition ».

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